Quelques critiques sur les mesures des inégalités (8/8)

La mesure des inégalités prend en compte soit le revenu marchand, soit le revenu disponible, c’est-à-dire le revenu marchand plus les aides étatiques. Mais si la « charité publique » est bien prise en compte dans les statistiques des inégalités, il n’en est pas de même pour la charité volontaire/privée. La mesure des inégalités est donc biaisée. Notons qu’avant l’apparition de l’Etat providence, la charité volontaire jouait un rôle social primordial. Aujourd’hui, son rôle a fortement décru, chacun se sentant moins responsable du sort d’autrui. En fait, l’Etat providence a remplacé la solidarité volontaire par une solidarité coercitive gérée par l’Etat et a donc renforcé le chacun pour soi.[1] Une solution libérale contre les situations critiques de pauvreté peut être de défiscaliser le plus possible les dons aux associations de charité pour renforcer l’initiative individuelle et décentralisée dans ce domaine.

 

Une autre aporie de la mesure des inégalités est la non prise en compte de la mobilité intra-générationnelle.

Imaginons un pays A où tout le monde a la même progression de revenu monétaire pendant sa carrière : entre 20ans et 30 ans le revenu est de 2 000€ par mois ; entre 30 et 40ans il est de 4 000€ par mois ; entre 40 et 50 ans il est de 8 000 € par mois et entre 50 et 60 ans il est de 16 000€ par mois. En supposant que personne ne meurt entre 20 et 60ans et que tout le monde meurt à 60ans, on a donc un coefficient de Gini égal à 0,383

Maintenant imaginons un pays B ou il n’y a pas d’évolution de revenu monétaire pendant les carrières des membres de ce pays. Par contre le pays B est fondé sur un système de castes rigides : Les membres de la caste 1 ont un revenu de 8 000 € par mois, ceux de la caste 2 un revenu de 6 000€ par mois, ceux de la caste 3 un revenu de 4 000 € par mois et enfin ceux de la caste 4 un revenu de 2 000€ par mois. Le coefficient de Gini est alors de 0,250 dans le pays B[2]

Ainsi, si on compare les revenus cumulés pendant l’ensemble de la carrière de chacun, le pays A est complètement égalitaire contrairement aux pays B. Par contre, si on regarde les inégalités à un moment donné en utilisant le coefficient de Gini, le pays B semble plus égalitaire que le pays A…

Les mêmes problèmes se posent avec la relation entre inégalité et variabilité du revenu. Un footballeur par exemple gagnera la grande majorité de son revenu pendant une courte période avant de voir son revenu annuel chuter. Certains métiers peuvent impliquer une grande variabilité du revenu (en fonction de l’activité…). Tout ceci creuse artificiellement les statistiques des inégalités.

 

Enfin, le problème principal de la mesure des inégalités est qu’elle est purement matérialiste : elle ne prend en compte que les inégalités monétaires. Ainsi, celui qui préfère le temps libre à l’argent ou celui qui préfère vivre à la campagne modestement plutôt qu’à la ville de manière aisée fait un choix tout à fait respectable en fonction des ses choix personnels. Personne n’a le même rapport à l’argent, au travail… Les jugements sont subjectifs. Or l’inégalité ne prend pas et ne peut pas prendre en compte ces différences. Comme le font remarquer les partisans de l’école autrichienne d’économie, l’utilité est à la fois ordinale et incommunicable. En effet, les préférences se révèlent dans l’action mais les individus n’opèrent pas de calculs au sens mathématique du terme. L’utilité n’est pas quantifiable et on ne peut donc pas la comparer entre différents individus. Celle-ci n’appartient pas au monde matériel mais au jugement de valeur, au monde des idées, à la conscience. Quelqu’un peut tirer un revenu non-monétaire conséquent en ayant pour capital un tableau alors qu’un autre individu ne tirera aucun revenu de ce même capital. Certains pourront obtenir un revenu non-monétaire de leur travail, d’autres non… La théorie économique mainstream vit dans une illusion matérialiste qui se ressent dans les travaux sur l’inégalité. Le prix Nobel d’économie Edmund Phelps a donc pour sa part tenté d’analyser une deuxième dimension non matérielle, celle de la satisfaction personnelle et de la self realization en se démarquant donc des traditionnelles défenses/critiques du capitalisme purement en terme de gains matériels/égalité matérielle.

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