Non, le modèle allemand ne génère pas plus de pauvreté que le modèle français.

L’explosion supposée de la pauvreté et des inégalités en Allemagne a été et est le principal argument des opposants aux réformes s’inspirant des lois Hartz. Ainsi Arnaud Montebourg déclarait pendant l’élection présidentielle : «Le système allemand ne peut pas être un modèle, c’est un système très éloigné sur le plan social. Il y a 86% des Allemands qui vont au hard-discount contre 43% des Français. Pourquoi ? Parce qu’il y a une pauvreté qui s’est installée.» Les lois Hartz sont les réformes du marché du travail qui ont eu lieu en Allemagne, entre2003 et 2005 (allocation chômage pendant 12 mois et non plus 32 mois, minijobs, formation professionnelle…). 
 

Selon les données de DESTATIS (l’INSEE allemand), 15,2% des allemands seraient pauvres (la formulation exacte est « à risque de pauvreté ») contre environ 14% des français. Mais, justement, comment détermine t-on si une personne est pauvre ?

 En Europe, une personne est dite pauvre si ses revenus s’élèvent à moins de 60% du revenu médian national.  Il s’agit d’une définition relative de la pauvreté qui en dit finalement peu sur les capacités de consommation, d’accès au logement ou à l’éducation de qualité.

Chaque adulte au sein du foyer en plus du chef de foyer est affecté d’un coefficient 0,5 et chaque enfant jusqu’à 14 ans d’un coefficient 0,3 pour donner le revenu par foyer afin d’obtenir le revenu par foyer déterminant le seuil de pauvreté.

Dans le cas de l’Allemagne, on détermine le seuil de pauvreté à partir de la moyenne des revenus médians des Landers pondéré en population. Le seuil de pauvreté est alors estimé à 60% de ce revenu.

Les revenus des habitants des Länders de l’ancienne Allemagne de l’Est (communiste) sont comparés à une moyenne dont ils ne représentent en poids que 20%. Dans ces régions, pour des raisons historiques et non pas du fait des lois Hartz, le niveau des salaires est nettement plus faible qu’en Allemagne de l’Ouest : le revenu moyen disponible dans l’ancienne Allemagne de l’Est s’élève en 2013 à 16 979 € contre près de 20 521 € à l’ouest.

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Il s’agit d’un écart de 20%. Ainsi, par construction, un nombre important d’habitants des nouveaux Landers (ancienne Allemagne de l’Est) se retrouvent catégorisés comme pauvres sans tenir compte des différences de coût de la vie et de logement qui existent entre les différents Landers. 30% des pauvres au sens européen vivent dans ces régions[1]où seul 20% de la population totale est installée.

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Finalement la plus grande proportion de personnes « à risque de pauvreté » en Allemagne qu’en France peut s’expliquer par la méthode de calcul et des raisons historiques.

Il s’agit bien de personnes à risque et donc pas nécessairement de précarité quotidienne. Il est donc intéressant de se demander si “les pauvres par définition statistique“ en Allemagne vivent mieux ou moins bien qu’en France et si leur situation s’est détériorée.

Niveau de vie et précarité

Depuis les réformes Hartz le nombre de personne vivant avec « beaucoup de difficultés » a diminué de 0,02% en Allemagne alors qu’il a augmenté de 1,4% en France. Le sous-total des personnes joignant les deux bouts « avec difficulté » a chuté de 24,1% alors qu’il a augmenté de 4,3% en France[1]Il y a donc de moins en moins de personnes en difficulté financière en Allemagne, indiquant un recul de la précarité vécue.

Selon l’Insee en 2010,  60% du  revenu médian en France métropolitaine correspondait à 999 € contre 952 € en Allemagne. Il s’agit ici de valeur nominale. Pour mesurer le niveau de vie, il est plus pertinent de raisonner en parité de pouvoir d’achat. En effet, tout comme une personne ne vit pas de la même manière avec 999€ à Paris ou en Corrèze, une personne ne vit pas de la même manière avec 999€ en France et 952€ en Allemagne.

La différence entre le seuil de pauvreté français et le seuil allemand est de 5%. La différence de prix du m2 en France (sans compter Paris) et en Allemagne dans l’ancien en 2010  était de 50 % selon l’OCDE. De même le panier de la ménagère selon un article de la Tribune datant de 2008 et fondé sur les statistiques de Nielsen était 30% moins cher outre-Rhin (La Tribune, 29 janvier 2008).

Toujours en raisonnant en parité de pouvoir d’achat, le revenu disponible quelque soit le groupe social est supérieur en Allemagne, indiquant un niveau de vie plus élevé. Les données ont été compilées par Alain Fabre de l’Institut de l’entreprise[2]  :

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Pour 2010 l’OCDE évalue en dollars, en parité de pouvoir d’achat, à 1 221 dollars par mois le seuil de pauvreté allemand et à 1 174,6 en France. Autrement dit, les pauvres relatifs en Allemagne vivent mieux même en mesurant le seuil de pauvreté par rapport à un salaire médian national qui fait peu sens pour un pays aussi hétérogène.

Inégalités.

Une autre critique adressée aux réformes Hartz est celle de la croissance des inégalités. Le coefficient de GINI allemand (0,28) est inférieur au français (0,32), signe d’inégalités moins marquées en Allemagne qu’en France.  L’évolution des inégalités en Allemagne est similaire à ce qui a été observé dans le reste du monde occidental et ne peut-être attribuée aux réformes mises en place d’autant plus que depuis 2006 le coefficient de GINI est stable. [1]

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  Conclusion

Les lois Hartz ont largement contribué à faciliter l’insertion sur le marché de l’emploi de nombreux outsiders et permis de réduire le taux de chômage sans pour autant provoquer une hausse de la précarité et de la pauvreté vécue. Elles n’expliquent évidemment pas à elles seules le succès économique allemand. Mais des réformes favorisant l’emploi et la flexibilité en France ne devraient pas être repoussées en invoquant des effets secondaires qui n’ont pas été observés jusqu’à présent dans l’expérience allemande.

 


[1] Données consultable sur le site l’OCDE


[1] Données Eurostat

[2] Allemagne miracle de l’emploi ou désastre social, Alain Fabre, Institut de l’entreprise


[1] The European Observatory on the social situation and demography, network on income distribution, Terry Ward

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