Manifestations du capitalisme de connivence

En France, les économistes ne se sont pas encore particulièrement penchés sur le sujet. Le journalisme d’investigation permet néanmoins de mettre en évidence différents révélateurs. Ainsi l’ouvrage d’Anne Lauvergon La femme qui résiste, est un recueil  d’épisodes de capitalisme de copinage, de détournement de l’État au profit d’individus ou de groupe d’amis, exemple «Nicolas Sarkozy lui a proposé, lors d’un entretien, la direction d’Air France. “J’ai refusé, en m’étonnant, puisque Alexandre de Juniac (actuel PDG, ancien du cabinet de Lagarde), un de ses grands amis, était candidat pour le poste. Il m’a dit : ‘Alexandre est un ami, mais il n’a pas le niveau, il ne sera jamais président d’Air France. Il faut être sérieux».

Un autre ouvrage, La République du copinage, de Vincent Nouzille illustre particulièrement bien les pratiques de connivence en France, notamment celle du pantouflage avec par exemple le cas F. Pérol. Il est bon de rappeler que la plupart des grands patrons français ont été nommé par le copain politique (Anne Lauvergon en 1999, Pierre Graff, Stéphane Richard,  Gérard Mestrallet, Pierre Mariani…).

Au delà du copinage, le capitalisme de connivence se manifeste par l’essor du lobbying dans les économies où le contrôle de l’État est moins direct qu’en France. Par un lobbying intensif de grandes entreprises/industries cherchent à obtenir une protection de leur rente en rédigeant des réglementations qui leurs sont favorables. Ces pratiques sont étudiées par les économistes des régulations (Regulation theory). Il est naturel de penser que les régulations sont mise en place pour faire face à des market failures. Dans la pratique ce n’est pas ce que trouvent les économistes comme le rappelle Susan Dudley, Professeur à Georgetown University.

Que ce soit à Bruxelles ou à Washington, le nombre de lobbystes et les dépenses de lobbying ont  explosé dans les dernières années,  K street à Washington ne fait que grossir.

Un exemple récent et frappant de connivence concerne la rédaction du Dodd-Frank : des passages entiers ont été rédigé par les lobbystes de l’industrie bancaire américaine, notamment Annette Nazareth ancienne membre de la SEC (autorité de régulation américaine).

Pour aller plus loin : 

Article universitaire

-Une étude par David Thésmar (meilleur jeune économiste 2007, HEC) et Francis Kramarz (ENSAE)  sur la cooptation dans les grandes entreprises françaises et la mentalité particulière des dirigeants passés par le service publique : «We then show that the governance of firms run by former civil servants is relatively worse on many dimensions. Former civil servants are less likely to leave their CEO job when their firm performs badly.»

-Sur la théorie de la régulation, par Susan Dudley de Georgetown University

-Katrina and Power in America dans lequel les auteurs reviennent sur l’attribution de contrat de reconstruction par le gouvernement fédéral suite à l’ouragan.

Article de presse

-Un article de J. Stiglitz, prix nobel d’économie, suite à l’affaire Enron.

-Un chat avec Laurent Mauduit sur le capitalisme de connivence en France

-Henri Guaino nous apprenant que les fortunes de France négocient leurs impôts à l’Élysée (sic.) : http://www.francetvinfo.fr/politique/bernard-tapie/video-pour-henri-guaino-toutes-les-fortunes-de-france-negocient-leurs-impots_339424.html

 

Livre 

A capitalism for the people, de Luigi Zingales, économiste à Chicago.

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