La finance est-elle dérégulée ?

1. Deux types de régulation
Avant toute chose il faut distinguer plusieurs formes de régulation, au moins deux. Il existe une régulation centralisée qui se fait par le biais de la réglementation et de la planification, c’est le système de régulation actuelle. Ainsi les budgets alloués aux autorités de régulation ont fortement augmentés (voir graphique 1.) tout comme leur personnel. Le nombre de règlements a quant à lui explosé.

La deuxième forme de régulation, c’est la régulation à l’aide de règles plus générales, moins précises mais dont on sait qu’elles aboutiront à l’émergence d’une forme d’ordre. Ces règles générales sont par exemple :

– la responsabilité, c’est à dire le fait d’assumer les conséquences des ses décisions. Aujourd’hui avec l’existence du Too Big to fail, l’existence d’un prêteur en dernier ressort et les garanties étatiques, c’est l’inverse qui prévaut.

– la non manipulation des prix, notamment celui de la monnaie afin de limiter l’injection de liquidité, la baisse du rendement des positions non-risquées (par exemple les obligations) afin de ne pas orienter les acteurs financiers en recherche de rendements (par exemple pour financer une retraite) vers des outils financiers plus risqués….

-la pénalisation de l’usage du hors-bilan afin de dissimuler les risques pris aux actionnaires (peine de prison, amendes)Les libéraux sont en faveurs de ce deuxième type de régulation : moins précis, ouvrant a priori moins de perspectives de croissance de court terme (absence de politique monétaire expansionniste et attitude moins risquée) mais qui protège les citoyens et l’économie de dérive financière dont ils doivent ensuite supporter les coûts. Ainsi, parler d’un système financier libéral alors que règne la déresponsabilistation,  l’hyper réglementation, une politique monétaire d’argent facile, et le copinage entre financiers et politiques est erroné.

2. Les limites de la régulation planifiée et centralisée par la réglementation : deux critiques

La régulation centralisée établie à l’aide de  réglementations décidées par des groupes d’experts est inefficace en son essence même. Le secteur financier est le plus réglementé au monde, et pourtant tout les dix ans, les régulateurs sont dépassés par l’innovation financière ouvrant les portes à des crises (par exemple les junk bonds dans les années 80, les CDS en 2007, ou encore les évolutions des normes comptables à partir de 2005 qui ont favorisé le développement de la crise). Il s’agit d’être réaliste : il est peu probable que des experts aussi brillants soient-ils, puissent anticiper tous les effets d’une réglementation, les innovations financières, leurs bons et leurs mauvais aspects. Or dès lors que la réglementation est mauvaise, s’appliquant à tous, elle conduit inéluctablement à des crises systémiques. Ainsi les normes de Bâle I et II ont été des échecs, les changements des règles comptables en 2005 ont favorisé  le développement de la crise par exemple.

Deuxième critique, une telle régulation, nécessitant des règles précises, est propice à l’action des lobbys financiers : les parlementaires chargés de voter ces régulations  n’ont pas le temps de comprendre par exemple les 2 400 pages du Dodd-Frank Act. C’est ainsi que le lobby bancaire à lui même rédigé certains passages du Dodd-Frank et que dans l’UE son action à Bruxelles a fait reculer les gouvernements européens.

Pour aller plus loin : un article de Vincent Bénard, fin observateur de la crise et analyste à l’Institut Turgot. http://www.contrepoints.org/2010/09/15/912-pourquoi-la-regulation-financiere-etatique-est-condamnee-a-echouer

Conclusion

Il est inexacte de dire que la finance n’est pas régulée. Comme le souligne Joseph Stiglitz dans le triomphe de la cupidité elle est mal régulée. Ceux qui croient qu’elle pourra l’être mieux sont bien optimistes quant aux capacités de l’être humain à anticiper des innovations, établir des règles parfaites et à échapper aux lobbyists…. Ce n’est donc pas dans le manque de régulation qu’il faut chercher les origines de la crise, mais au contraire dans les erreurs, sûrement inévitable de la régulation centralisée et bureaucratisée.

3 Comments

  1. Excellente démonstration et il était nécessaire de répondre aux accusations qu’on entend continuellement contre la haute-finance.
    La haute-finance n’est pas dérégulée comme voudrait le faire croire la gauche, elle est en fait très largement régulée et surtout, elle est très mal-régulée.
    Le vrai problème de la haute-finance est qu’elle est déresponsabilisée ; et c’est pourquoi elle ne répond plus aux valeurs du libéralisme authentique. Il n’y a pas de libéralisme sans responsabilité, et la responsabilité des acteurs économiques de la haute-finance doit être proportionnelle aux risques qu’ils font prendre à la société.

    September 18, 2013
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    • lthinkliberal said:

      Merci, par contre il n’est pas évident que la droite française est une analyse différente, pour mémoire prenez le discours de Toulon

      September 18, 2013
      Reply

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