Inégalités et Travail (4/8)

Qui sont les 1% ?

 

Effectivement la richesse des personnes se trouvant dans  ce 1% a considérablement crue. Le problème avec cette approche et notamment celle adoptée par Thomas Piketty est qu’elle ne s’intéresse à aucun moment à la dynamique de ce 1% :

–                 sa composition a t-elle changé ?

–                 les personnes le constituant ont acquis leur fortune de quelle manière ?

 

L’étude Billionaires Entrepreneurs, a systematic analysis par deux économistes suédois, Magnus Henrekson and Tino Sanandaji comporte plusieurs données intéressantes. Notamment que parmi les 1 723 individus qui sont apparus dans le classement Forbes des milliardaires depuis 1996, 996 sont des entrepreneurs. Ils sont d’ailleurs bien plus nombreux aux États-Unis qu’en Europe occidentale. Qu’est-ce que cela nous dit ?

On peut considérer les inégalités comme un mal en soi, ou bien s’interroger : Bill Gates, Steve Jobs, Marc Zuckerberg, Larry Elisson, Jeff Bezos, Xavier Niel ont-ils acquis leur richesse illégitimement ? Est-elle injuste ? Faut-il décourager l’émergence de ce type de milliardaires et avec de l’innovation ?

A noter aussi que si l’on parle en ce moment énormément de l’accroissement des inégalités, notamment aux Etats-Unis, les économistes de Berkeley et Harvard Saez, Hendren, Chetty et Turner ont démontré à travers leur projet : Equality of Opportunity que contrairement aux idées recues, la mobilité sociale aux Etats Unis n’a pas changé de façon significative. Il est donc aussi nécessaire de prendre en compte cette dimension de mobilité économique.

 

Inégalités et heures de travail

 

Si l’on se focalise sur le travail des individus, il est nécessaire de casser certains clichés : notamment à propos du lien entre temps de travail et salaires. Toujours du point de vue de la justice, il semble juste que temps de travail et salaires aillent de pair ; or on peut penser que cela ne fonctionne pas comme cela dans nos sociétés et parfois même en sens contraire : certains gagnant démesurément plus pour peu de travail.

Les récents travaux de Dora Costa du MIT sont très révélateurs à cet égard. De ses données sur les Etats Unis de 1890 à 1991 ressortent deux observations : la première étant évidemment que le temps de travail a fortement diminué tout au long de la période ; mais le plus intéressant étant que si par le passé les employés les moins payés travaillaient le plus d’heures, aujourd’hui la relation est inversée : ceux qui gagnent plus travaillent plus (aucune référence ici à un certain slogan politique bien connu).

Quelles implications pour notre discussion sur les inégalités ? Qu’entre 1973 et 1991, 26% de l’accroissement des inégalités de salaires entre les 10% des hommes les moins payés et les 10% les mieux payés est en fait du à des différences de temps de travail. Chez les femmes, l’ensemble de l’inégalité salariale est due à des différences de temps de travail.

Ainsi il est nécessaire lors de l’analyse des données d’inégalités de ne pas perdre de vue le rôle des différences de temps de travail – avec ce que cela implique lors qu’est posé la question du juste et de l’injuste.

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