Etat et Inégalités de Richesse (7/8)

Si ce qui importe particulièrement est l’égalité en droit, les inégalités de richesse peuvent être dans de nombreux cas critiquées selon les principes libéraux. Premièrement, les libéraux ne sont ni pour, ni contre les inégalités de revenus. Des individus pourraient librement décider de vivre dans des communautés égalitaires.[1]

Deuxièmement, l’argument selon lequel aucune inégalité de revenu est justifiable n’est pas si loin de la réalité. En effet, dans une société de marché, c’est-à-dire dans une société où la liberté des individus est respectée, la répartition des revenus n’est pas le résultat d’une quelconque intentionnalité. Les actions individuelles entrainent des phénomènes non voulus. Il n’en reste qu’un certain nombre d’inégalités résultant de l’intervention étatique ou de l’échec de l’Etat à remplir son rôle de protecteur des droits individuels sont purement scandaleuses.

Dans les causes de ces inégalités, on peut citer parmi d’autres : les barrières protectionnistes, les réglementations étatiques limitant la concurrence, les subventions à l’exportation pour les produits agricoles dans les pays développés, les subventions aux entreprises, l’inflation et les politiques monétaires laxistes, les réglementations dans l’immobilier entraînant des phénomènes bullaires favorables à ceux qui sont déjà propriétaires, les expropriations des plus pauvres, l’éducation publique, le financement public des activités culturelles et sportives[2]… Quelques unes parmi les sources d’inégalités citées peuvent être développées. La source d’inégalité la plus actuelle est celle des politiques monétaires non conventionnelles menées par les banques centrales. Les injections de liquidités dans l’économie n’améliorent pas la situation de l’économie (voir http://lthinkliberal.org/pourquoi-les-abenomics-ne-marchent-pas/ ), par contre, elles sont responsables de la montée des inégalités, notamment aux Etats- Unis.[3]

Cela peut s’expliquer par ce que les économistes autrichiens appellent « L’effet Cantillon », c’est-à-dire que l’augmentation prix n’est pas homogène : les produits les plus proches de l’émission monétaire connaissent de plus fortes hausses de prix. Ainsi, les matières premières et les actifs financiers, plus sensibles aux manœuvres des banques centrales, ont connus de fortes hausses de leurs cours. Par exemple, l’indice Nikkei a augmenté de plus de 50% depuis la prise de fonction de Shinto Abe ce qui enrichit les détenteurs de capital physique et creuse les inégalités. Pire que ça, les politiques monétaires non conventionnelles ont joué un rôle dans l’augmentation des prix alimentaires mondiaux, mettant en difficultés les habitants des pays en développement. De même, les bas salaires sont les plus exposés aux phénomènes de boom and bust. Les plus touchés lors de la crise des subprimes furent ces gens modestes devenus insolvables. Dès lors, ne faudrait-il pas rétablir des mécanismes de responsabilité dans le secteur financier ou encore remettre radicalement en cause le système de banque centrale comme le font les partisans du free banking ?[4]

Mais l’Etat providence, mis à part quelques exceptions citées ci-dessus, ne permet-il pas de redistribuer les richesses ? Premièrement, dans une économie de marché, les revenus ne sont pas distribués : ils sont gagnés. La répartition des richesses dans une économie libre est le résultat des actions et interactions individuelles mais n’est pas un résultat intentionnel : il n’y a personne qui y distribue les ressources. La question doit donc être de savoir si l’Etat providence prend les ressources monétaires des plus riches pour les donner aux plus pauvres. La réponse semble être positive. Cependant, souvent, les études concernant la redistribution ne prennent pas en compte beaucoup de paramètres : par exemple les politiques monétaires, les subventions à certaines associations et entreprises… Au final, ceux qui ont tendance à être les plus aidés, parce qu’ils représentent l’électorat le plus large, ne sont pas les plus pauvres mais les classes moyennes et moyennes inférieures.

Qu’en est-il de l’impôt ? Est-ce que l’impôt progressif est le plus adapté pour réduire les inégalités ? Ce ne semble pas être le cas. Ainsi, l’OCDE en 2012, dans une note distingue quatre groupes de pays en fonction de l’intensité des inégalités. Le groupe le plus égalitaire, constitué par la Norvège, la Suède, le Danemark et la Suisse est aussi celui où l’impôt est peu progressif.[5] Turgot  avait dit à propos de l’impôt progressif : « Ce n’est pas le projet qu’il faut exécuter, mais son auteur! »[6] Il est vrai que l’impôt progressif a des effets négatifs sur l’économie en détruisant les incitations à produire et à épargner. Mais ce n’est pas tout ! L’impôt progressif a aussi pour conséquence de protéger les grandes firmes de la concurrence car les nouveaux entrants sur le marché ont alors beaucoup plus de mal à accumuler le capital nécessaire pour s’affirmer. La conséquence logique de cela est la reproduction des inégalités existante avec des « riches » qui forment une classe close. Ainsi, l’impôt progressif, loin de réduire les inégalités, a tendance à figer les positions sociales.[7]

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            Le non respect des droits individuels peut avoir des effets de « Robin hood reverse », c’est-à-dire favoriser les plus aisé et donc augmenter l’inégalité. En reprenant les données sur l’inégalité (coefficient de gini) de l’OCDE et l’index of economic freedom du Heritage Foundation, on ne remarque aucun lien entre liberté économique et inégalités. Si on prend l’écart de revenu entre les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres, la relation entre liberté économique et inégalité est même inverse ! Malgré les vives critiques qu’on peut opposer à la fois aux mesures de l’inégalité et à l’index de liberté économique, ce qu’il faut retenir est que plus de liberté ne signifie pas plus d’inégalités.

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[1] Cf. l’idée du professeur Walter Williams aux Etats-Unis sur la « peaceful secession » : http://www.lewrockwell.com/2013/12/walter-e-williams/peaceful-secession/

[2] Par exemple, cela ne semble gêner personne que les administrations publiques financent massivement le football… cf. http://www.journaldunet.com/economie/services/argent-football/

[4] Pour des informations sur le free banking, lire : George Selgin, « Théorie de la banque libre », 1991. Disponible en pdf sur http://www.institutcoppet.org/2012/05/23/la-theorie-de-la-banque-libre-1991-par-george-selgin/

[5] OCDE 2012, « Inégalités de revenus et croissance : le rôle des impôts et des transferts », OCDE Département des Affaires Économiques, Note de politique économique, no 9, janvier 2012.

[6] Cité par Hayek dans : « La Constitution de la liberté », 1960. On peut retrouver le pdf de ce livre à ce lien : http://www.institutcoppet.org/2013/01/29/friedrich-hayek-la-constitution-de-la-liberte-1960/

[7] Tous ces arguments ont été plus longuement développé dans : Hayek, « La Constitution de la liberté », Chapitre 20, 1960,

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