Aux origines de la crise financière (2) : Incitation aux crédits risqués par l’État américain

Fannie Mae et Freddie Mac

Pour les lecteurs curieux ce post repose sur principalement deux articles, l’un publié par des économistes de NYU Stern et l’autre par la Harvard Law School. Pour rappel, la crise financière provient en grande partie de la multiplication des défauts sur des crédits immobiliers à partir de 2006 suite au retournement du marché US et de la remontée des taux d’intérêts sous l’impulsion de la FED. La question que l’on doit se poser ici est pourquoi de plus en plus de ménages  dit «sub» autrement dit ne présentant pas les garanties nécessaires pour se voir octroyer un crédit immobilier avant les années 1990 en ont obtenus massivement depuis ?

C’est ici que rentre en jeux les gouvernements américains (aussi bien démocrates que républicains) par l’intermédiaire des GSE (Government Sponsored Entreprise, notamment Fannie Mae et Freddie Mac). Tout commence dans les années 1990 durant lesquelles le président Clinton souhaite favoriser l’accès à la propriété des groupes ethniques en difficulté économique et plus généralement des ménages les plus démunis.  Ils utilisent pour cela deux GSE (Fannie Mae et Freddie Mac) qui garantissent les emprunts des agents les plus démunis dans le cadre du CRA (Community Reinvestment Act) afin de faciliter leur accès à la propriété : ainsi, s’exprimant dans le New York Times en 1999 le CEO de Fannie Mae explique : «Fannie Mae has expanded home ownership for millions of families in the 1990’s by reducing down payment requirements. Yet there remain too many borrowers whose credit is just a notch below what our underwriting has required who have been relegated to paying significantly higher mortgage rates in the so-called subprime market.»

Ces deux GSE ont été les premiers acteurs du marché de la titrisation dans les années 1970. Leur rôle pour faire court : racheter des crédits, les titriser et les revendre en offrant une garantie sur un potentiel défaut. Cette capacité à fournir une garantie résidait elle même dans la garantie apportée par l’État américain à ces établissements.

Quel fut leur impact ? Un paper publié par la Harvard Business School répond à cette question. Il a été parfaitement vulgarisé par un doctorant en Finance français (retrouvez le post sur son blog).

Pour les paresseux, et pour faire court : ces deux GSE avaient la particularité  de n’accorder leur garantie que lorsque le score de crédit (à partir d’un historique, de questions sur le revenu, l’âge etc.) était supérieur à 620. Ainsi les auteurs recensent différents dossiers ayant des scores proches de 620 : en dessous et au dessus. Ils remarquent une forte discontinuité au passage entre 619 et 620 pourtant de scores proches. Qu’en conclure : que la garantie des GSE incitait les établissements bancaires à ne pas faire trop de vérification et accorder un score de 620 pour refiler le crédit risqué aux GSE tout en obtenant des revenus à partir des intérêts perçus. Par ailleurs que remarque t-on : les crédits avec un score supérieur à 620 mais risqués (inférieur à 660) ont eu une probabilité plus forte de défaut que ceux avec un score inférieur : pourquoi ? Les méthodes de scoring laissent de côté certaines informations intéressantes, sachant qu’ils bénéficiaient d’une garantie des GSE au-dessus de 620, les établissements bancaires se montraient moins scrupuleux pour ces cas là. Qu’en est-il du poids de Fannie et Freddie ? En effet, si leur rôle sur les marchés avait été minime, leur attribuer une si lourde responsabilité dans la crise serait malhonnête. En 2002, elles représentaient 44.7% du marché des prêts immobiliers. 

 

Le Community reinvestment Act (CRA)

Cette partie de notre dossier repose principalement sur le dernier paper paru en octobre 2012 et qui est venu mettre fin au débat sur le rôle du CRA dans la formation de la crise financière. Il fut écrit par Sumit Agarwal de la National University of Singapore, Benmelech de Northwestern University, Bergman du MIT et Amit Seru de l’Université de Chicago. L’article vise à répondre à une question ayant animé les débats économiques depuis 2008 «Est-ce que le CRA a conduit les établissements de crédits à des prêts plus risqués ?» Pour rappel, le CRA est une loi votée sous l’administration Clinton avec en tête l’objectif de favoriser l’accès à la propriété des groupes ethniques les plus défavorisés en demandant aux banques de publier régulièrement des statistiques.  Ces économistes répondent : «Oui. Nous utilisons des variations exogènes dans les incitations pour les banques à se conformer aux standards du CRA afin de déterminer les effets du CRA sur les activités de crédits. Notre approche empirique compare les attitudes d’établissements soumis au CRA durant une période donnée à des établissements non soumis au CRA, ayant un public similaire à la même période. Ils se trouvent qu’adhérer au CRA conduit les établissements à accorder des crédit plus risqués». Les défauts sont 15% plus importants et le nombre de crédits 5% plus élevés. Vous pouvez retrouver la totalité de l’étude sur notre site.

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