Aux origines de la crise (1) : la déresponsabilisation des acteurs financiers de part l’action des acteurs publics

“Ce renflouement et ses nombreux prédécesseurs des années 1980,1990 et des premières années 2000 ont envoyé un signal fort aux banques : n’ayez pas peur des prêts qui tournent mal, l’État ramassera les morceaux.” J. Stiglitz, Le Triomphe de la Cupidité.

Durant l’été 2008, Lehman Brothers reçoit une proposition de rachat et de recapitalisation de Corée. Pourtant conscient des risques auxquelles fait face sa banque, le président d’alors, M. Fuld refuse, pourquoi ? Il est convaincu qu’en cas de difficulté il recevra le soutien de la FED et du gouvernement fédéral. L’effet de levier des grandes banques n’a cessé de croître dans les 20 ans précédant la crise. L’une des explications acceptées de tous mais sur laquelle on n’insiste pas assez, c’est la mise en place de la doctrine du Too Big to Fail. Les grands établissements (dont on considère qu’ils ont un poids systémique) sont ainsi certains de ne subir quasiment aucune perte, de ne pas faire faillite. Dans un tel environnement il serait irrationnel (bien qu’admirable) de ne pas prendre des risques croissants afin de maximiser les profits tout en étant certain de ne pas essuyer de pertes. La garantie implicite représente selon Bloomberg aujourd’hui encore une subvention de 83 milliards en direction des grands établissements financiers comme le rappelle la sénatrice démocrate du Massachusetts, E. Waren :

La doctrine du Too Big to Fail, autrement dit de l’existence d’un prêteur en dernier ressort présente un second effet pervers : elle constitue une incitation directe pour tout établissement financier à gonfler son bilan afin de devenir systémique et de bénéficier ainsi des garanties étatiques. C’est la théorie du risk-shifting mise en évidence empiriquement par David Thesmar et A. Landier.
Pour citer l’économiste français François Gourio professeur à Boston University
« Du point de vue de l’efficacité, les banques ne pouvant compter sur un sauvetage de l’État, ne prendront pas de risques excessifs : d’une part les actionnaires souhaiteront éviter de perdre leurs investissements, d’autres part la banque réagira au coût de financement plus élevé. Cette diminution du risque réduit la probabilité d’une faillite et évite l’augmentation d’impôts nécessaires pour financer les sauvetages bancaires. Du point de vue redistributif, les sauvetages bancaires constituent en général un transfert régressif, car on taxe l’ensemble de la population (y compris les pauvres) pour transférer aux créditeurs des banques (en général plus riches).»

La question qui se pose ensuite est : peut-on éviter le Too Big Too Fail autrement dit peut-on se passer d’un prêteur en dernier ressort, dans l’organisation actuelle de la finance et de l’industrie bancaire, il semblerait que oui selon plusieurs économistes et États (notamment la Nouvelle-Zélande et dans une certaine mesure les États-Unis) :
Le processus de liquidation et de faillite est en général long et lent. Si un tel rythme peut convenir à d’autres secteurs de l’économie,  le secteur financier étant au coeur du financement de l’ensemble de l’économie, un mécanisme similaire aurait probablement des effets négatifs. Néanmoins cela n’implique pas que les grands groupes financiers ne puissent faire faillite et assumer les responsabilités de leur mauvaise gestion. Ainsi en Nouvelle-Zélande et maintenant aux États-Unis (même si la crédibilité de ces réformes n’est pas encore actée) des mécanismes de faillite bancaire sont mis en place à partir des propositions de L. Zingales  (U. Chicago) et  O. Hart (Harvard) notamment.

3 Comments

  1. Cela fait longtemps que je n avais pas lu une lecture de cette qualite !!!

    September 17, 2013
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  2. La reference sur le sujet, on en veux encore merci.

    September 18, 2013
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  3. Lécuyer said:

    je voudrais utiliser des superlatifs que je ne trouve pas, vous nous rendez intelligents si par tâtonnements je pensais qu’il y avait un loup…j’avais incriminé le système financier mais en fait c’est toujours le grand marlou qui nous chiffonnent tant en France j’ai nommé LA REPUBLIQUE FROMAGERE (RF) et ses cohortes de bien pensants imbus de leur personne croyant qu’ils vont changer le monde en règlementant à tous les étages et dans tous les sens pour obtenir leur réélection.

    September 28, 2013
    Reply

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