L’absurdité du multiplicateur keynésien

Par Louis Rouanet

 Hayek et Mises

Le multiplicateur keynésien a été utilisé depuis près de 80 ans pour donner une caution pseudo-scientifique aux politiques de relance par la dépense publique. Ce concept a été largement adopté et approuvé par les économistes. Milton Friedman lui-même écrivait : « Nous utilisons tous le langage et les instruments keynésiens. Aucun d’entre nous n’accepte plus les conclusions initiales de Keynes. »[1] Pourtant, le multiplicateur est un concept vain qui repose sur une justification mathématique erronée et une vision mécaniciste de l’économie ne prenant pas en compte les motifs de l’Action Humaine.

Seuls les économistes de l’école autrichienne d’économie se sont attachés à critiquer le multiplicateur en tant qu’outil d’analyse économique. Il y aurait beaucoup à dire sur le sujet[2], cependant, nous nous contenterons de montrer l’absurdité du multiplicateur keynésien en suivant l’argument qui fut développé par Murray Rothbard[3] et Henry Hazlitt[4].

Le multiplicateur, en effet, perd beaucoup de son attrait quand on comprend qu’il n’est que la simple expression d’une fonction stable et passive de consommation.

La théorie du « multiplicateur » keynésien se présente ainsi. On a :

Y pour la production; C pour la consommation

I pour l’investissement

G pour les dépenses publiques

c pour la propension marginale à consommer

k est le multiplicateur keynésien.
vjjh

 

Voilà la magie ! Si la propension marginale à consommer est égale à 0,8 alors un Euro supplémentaire de dépense publique amènera à 5€ de richesse crée. On ne sait pas comment, on ne sait pas pourquoi mais c’est mathématique, et, nous dit-on, c’est une réaction mécanique. L’économie serait donc comme la physique, le changement d’une variable amène inévitablement à un phénomène bien précis et quantifiable. Mais on oublie que les molécules n’ont pas d’intentionnalité, contrairement aux humains. Les abstractions mathématiques tel le multiplicateur keynésien ne sont donc pas adaptées à l’étude des sciences humaines.

Mais admettons pour un moment que le raisonnement du multiplicateur keynésien soit adéquat. Dans ce cas, il faut admettre la situation suivante comme étant également vraie :

On a :

Y pour le revenu total dans une économie

A représentant mon revenu personnel.

V le revenu de tous les autres, moi excepté

K est le « multiplicateur personnel »

 

vyhvh

 

Ainsi, le « multiplicateur personnel » est ici estimé à un million, c’est-à-dire comme étant très largement supérieur au « multiplicateur » keynésien. La conclusion : si vous voulez résoudre le problème du chômage et de la crise, donnez-moi le plus d’argent possible ! Un Euro m’étant donné est censé créer un million d’euros de revenu dans l’économie. Si vous me donnez un million, le PIB Français augmentera d’environ 50%.

Bien sûr, un tel raisonnement n’a pas de sens car il ne se base pas sur l’analyse de l‘action humaine. Je vous prie de ne pas vous laissez arnaquer par mon « multiplicateur personnel » et de garder votre argent. De même, ne vous laissez pas leurrer par le multiplicateur keynésien. La leçon à retenir ici est qu’en économie, une relation mathématique ne prouve rien. Il n’existe rien en économie qui puisse s’apparenter à des variables indépendantes des jugements, comportements et réactions humains.

Certains économistes affirment que la rigueur des mathématiques permet d’éviter les erreurs de raisonnement. C’est absolument faux.[5] Les individus ne sont pas des variables dans une équation, ils ont des intentions et l’action humaine ne peut être soumise au calcul. Les économistes classiques avaient compris que la mathématisation de l’économie amènerait à des erreurs de raisonnement. Le multiplicateur keynésien en est la preuve. Pour Jean Baptiste Say et l’école française d’économie politique, la bonne démarche en économie était la démarche axiomatique. Il est temps de se souvenir de leurs enseignements.

[1] Milton Friedman, « Dollars and Deficits », Prentice Hall, Englewood Cliffs, New Jersey, 1968

[2] Nous recommandons parmi tous les travaux sur le sujet le suivant : William J. Boyes, « The Keynesian Multiplier Concept Ignores Crucial Opportunity Costs », Quaterly Journal of Austrian Economics, 2014

[3] Murray Rothbard, « Man, Economy and State », 1962, Ludwig von Mises Institute, 2nd edition, p.866-868

[4] Henry Hazlitt, « The Failure of the New Economics : An Analysis of the Keynesian Fallacies », Ludwig von Mises Institute, 1959, p.135-155

[5] Voir sur le problème de l’utilisation des mathématiques en économie: Ludwig von Mises, « L’Action Humaine », Yale University Press, 1949 ; Murray Rothbard, « Individualism and the Philosophy of Social Sciences », Cato Institute, 1979; Ludwig von Mises, “Epistemological Problems of Economics”, 1960

5 Comments

  1. Sam said:

    Votre “démonstration” consiste à appliquer au niveau micro le raisonnement macro de Keynes, en souligner l’absurdité, puis revenir au niveau macro en affirmant avoir montré que Keynes a tort. Vous posez donc une équivalence macro-micro.
    Le problème, c’est que Keynes a posé la thèse du “no bridge”, me semble-t-il, qui consiste à dire qu’il ne peut en aucun cas y avoir d’équivalence entre micro et macro. Il a donc clairement refusé l’application de son multiplicateur au niveau micro.
    On pourra toujours entreprendre de démontrer le caractère erroné du multiplicateur keynésien, mais autrement : en l’état, votre démonstration porte le stigmate de la mauvaise foi ou d’une ignorance d’autant plus crasse qu’elle tranche avec le caractère péremptoire de votre “démonstration”.

    March 8, 2015
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    • Jean said:

      +1

      March 11, 2015
      Reply
  2. Simon Appert said:

    Merci Think Liberal Sciences Po mais concernant cet article vous auriez pu vous abstenir.

    C’est très péremptoire et l’analyse est aussi faible que peu nuancée.

    Certaines études corroborent vos thèses mais en n’observant que celles-ci vous vous ridiculisez. Soyez un peu plus critiques et lisez aussi des papiers qui ne veulent pas ou la mort de l’Etat ou le retour à l’état de nature.

    Concernant le fond de l’article :
    Le contre-exemple n’est pas vraiment bien trouvé, ce n’est pas un cas de calcul de multiplicateur keynésien.
    De même le premier calcul de multiplicateur est une preuve simplifiée, celle qu’on voit en principles of econ. Alors bien entendu, lorsqu’on ne comprends pas le mécanisme inhérent au phénomène on peut se permettre d’écrire : “Voilà la magie ! Si la propension marginale à consommer est égale à 0,8 alors un Euro supplémentaire de dépense publique amènera à 5€ de richesse crée. On ne sait pas comment, on ne sait pas pourquoi mais c’est mathématique, et, nous dit-on, c’est une réaction mécanique.”…….
    La réalité est que le fondement théorique de ce résultat vient de la convergence d’une série géométrique de raison c, c sn = ∑ ui -> c/1-c .

    J’espère que c’est plus clair. Alors bien sûr qu’on peut ajouter des éléments à ce multiplicateur, dire qu’il ne tient pas compte de l'”Action Humaine”… . Mais jeter se débarrasser du multiplicateur keynésien en 20 lignes c’est assez amusant.
    L’utilisation des mathématiques dans l’économie relève d’un autre débat qui a souvent été à la faveur des libéraux en leur donnant une légitimité intellectuelle forte dans l’opinion.

    March 9, 2015
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    • Jean said:

      +1

      March 11, 2015
      Reply
  3. Jean said:

    À l’avenir tentez de passer plus de temps à écrire vos articles qu’à les promouvoir plus bêtement encore qu’ils sont écrits.

    March 11, 2015
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